Ombre dans le ciel soudanais : des Boeing fantômes au service des paramilitaires

Au-delà de la flotte aérienne, le rapport de l'ONU documente l'implication massive de combattants étrangers aux côtés des paramilitaires. Les enquêteurs jugent crédibles les estimations faisant état de 1 500 à 2 000 mercenaires colombiens déployés au Soudan.

Une enquête explosive des experts des Nations unies, dont le rapport provisoire doit être publié en septembre, jette une lumière crue sur la logistique occulte de la guerre civile au Soudan. Selon les enquêteurs de l’ONU, plusieurs Boeing 727 liés à un réseau d’affaires d’un ancien entrepreneur militaire américain ont acheminé des mercenaires, des armes et des drones au profit des Forces de soutien rapide (FSR).

Cette découverte corrobore et approfondit les révélations faites par l’agence Reuters le 15 juillet dernier, traçant la route de ces appareils depuis le Tchad jusqu’aux principaux bastions des FSR.

Une flotte fantôme sous les radars

Au cœur de cette architecture logistique, le rapport pointe du doigt trois Boeing 727 :

  • L’un acquis au Brésil par une société liée à Steven Shaulis, un ancien béret vert de l’armée américaine et contractant de longue date pour le gouvernement.
  • Deux autres achetés à la compagnie américaine Kalitta Charters II (établie dans le Michigan) par Contractor Airways, une entreprise sud-africaine codetenue par Shaulis et son partenaire Craig Munro.

Les zones d’ombre du transport aérien

Élément cléDétails et Constats
Le corridor aérienUtilisation de l’axe N’Djamena (Tchad) – Nyala (Soudan) pour convoyer des combattants et du matériel militaire.
L’opacité des volsAucun mouvement des Boeing n’a été enregistré par les traqueurs de vol indépendants : les appareils prenaient des « mesures délibérées pour éviter d’être détectés en vol ».
Le modus operandiDes atterrissages nocturnes répétés entre janvier et juillet 2026 à Nyala, principal pôle logistique des FSR dans le Darfur.

Le rôle des mercenaires colombiens : Les « Loups du désert »

Au-delà de la flotte aérienne, le rapport de l’ONU documente l’implication massive de combattants étrangers aux côtés des paramilitaires. Les enquêteurs jugent crédibles les estimations faisant état de 1 500 à 2 000 mercenaires colombiens déployés au Soudan.

  • Le recrutement : Ces hommes ont été engagés par une entreprise basée aux Émirats arabes unis, le Global Security Services Group (GSSG).
  • Les opérations : Connus sous le nom des « Loups du désert », ils ont établi une base à Nyala en mars 2025. Ils ont opéré des drones et participé activement à la planification du siège et de la prise de la ville d’al-Fashir en octobre 2025.
  • Le bilan humanitaire : L’assaut contre al-Fashir a été marqué par des exactions de masse (centaines de civils abattus, viols, enlèvements d’enfants), qualifiées de génocide par l’ONU.

Une crise humanitaire sans précédent

Ce trafic d’armes et de combattants vient alimenter un conflit dévastateur qui oppose depuis 2023 l’armée régulière soudanaise aux FSR. Alors que les Émirats arabes unis ont nié toute implication de GSSG dans des activités de mercenariat, affirmant que la société respecte pleinement les lois nationales et internationales, le bilan humain continue de s’alourdir.

La guerre a plongé le pays dans la pire crise humanitaire au monde selon les Nations unies, exacerbant à la fois la famine et les épidémies dans un silence international souvent assourdissant.

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