Mohammed VI, un roi intouchable entre faste et secret : les révélations d’une enquête du Monde

Mohammed VI, un roi intouchable entre faste et secret : les révélations d’une enquête du Monde

Soixante-deux ans, une santé vacillante, un pouvoir absolu et une vie privée opaque. Une plongée inédite dans les contradictions du souverain marocain.

C’est un portrait sans fard qui secoue les habitudes de la presse. Dans une enquête fleuve initialement parue au printemps dans les colonnes du Monde et désormais adaptée en livre – Le Roman d’un roi, qualifié de « saga de l’été » –, deux journalistes lèvent un coin du voile sur Mohammed VI. Un monarque décrit comme « ambigu », « souvent absent », plus à l’aise « sur un jet-ski que sur son trône ».

L’article, qui se lit « avec délectation » tant il mêle prouesses diplomatiques et anecdotes privées, dresse le portrait d’un homme de contrastes. Héritier d’un « pouvoir sans partage » légué par son père Hassan II, le roi du Maroc cultive un rapport trouble à sa fonction : « plus assidu en boîte de nuit qu’en stage à la Commission européenne », dit l’enquête, et prompt à privatiser des palaces parisiens pour des soirées géantes.

« Roi des pauvres » milliardaire

Surnommé par certains « le roi des pauvres » – en raison de sa proximité affichée avec les démunis et ses œuvres sociales –, Mohammed VI n’en reste pas moins un milliardaire qui jouit sans complexe de son statut. Le tout sous couvert d’un titre sacré : « commandeur des croyants », qui lui confère une légitimité religieuse inattaquable.

Sur le plan international, le bilan est plus nuancé. L’enquête reconnaît qu’il a su « renforcer la place du Maroc sur la scène diplomatique », notamment sur des dossiers sensibles comme la reconnaissance par certains pays de la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental. Mais cette réussite contraste avec une gouvernance interne jugée intermittente.

Une santé qui alimente les rumeurs

Depuis plusieurs années, l’état de santé du souverain – qui a souffert d’une intervention chirurgicale pour une arythmie cardiaque en 2018 – entretient une « atmosphère de fin de règne ». Les auteurs soulignent son rythme particulier : « aussi avenant dans l’intimité que silencieux et impénétrable en public », Mohammed VI exerce ses responsabilités de manière « intermittente ». Ses apparitions publiques, de plus en plus espacées, nourrissent les spéculations.

Mais la règle d’or reste le silence. « Enquêter sur la monarchie au Maroc, c’est enquêter sur le roi, sa personne comme son pouvoir », écrivent les journalistes. Pour ce faire, ils ont interviewé des dizaines de responsables marocains et français, dont la grande majorité a exigé l’anonymat. « La crainte reste de mise », expliquent-ils.

« Le Maroc est à l’image du Palais : chacun y fait ce qu’il veut mais l’important est de ne pas en parler. »

Une formule qui résume à elle seule l’épaisseur du silence entourant la monarchie chérifienne. Dans ce royaume où le roi ne se discute pas, la publication de cette enquête – sous forme de livre chez un éditeur français – constitue un événement. Reste à savoir si elle trouvera un écho au Maroc même, où le sujet demeure, plus que jamais, un tabou national.

« Le Roman d’un roi » – Enquête de deux journalistes du Monde, adaptée d’une série publiée en 2025. Disponible en librairie.

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