Le créateur Yves Saint Laurent a entretenu une relation passionnée avec le Maroc pendant plus de quatre décennies. Une histoire qui continue de s’écrire aujourd’hui à travers des hommages et des institutions culturelles qui perpétuent son héritage dans le royaume chérifien.
1966, l’année du miracle
Tout commence en 1966 lorsque Yves Saint Laurent, alors âgé de 30 ans, et son compagnon Pierre Bergé posent pour la première fois le pied à Marrakech. Le couturier, né à Oran en Algérie, retrouve ainsi l’Afrique du Nord après trente ans d’absence. Ils séjournent à La Mamounia, l’hôtel mythique qui avait déjà accueilli Churchill ou Joséphine Baker.
« Les oiseaux chantaient, l’Atlas barrait de neige l’horizon, les odeurs de jasmins montaient dans notre chambre. Ce matin-là, nous ne l’avons pas oublié puisque, d’une certaine manière, il a décidé de notre destin », écrira plus tard Pierre Bergé dans son livre « Une passion marocaine » .
Le coup de foudre est immédiat. Selon Pierre Bergé, ils repartent avec la promesse de vente d’une petite maison dans la médina de Marrakech, Dar el-Hanch, qui signifie « la maison du serpent » en arabe .
Une révélation chromatique
Dès lors, Yves Saint Laurent se rendra plusieurs fois par an au Maroc pour dessiner ses collections. Il y puise une inspiration qui transformera radicalement son rapport à la couleur.
« Cette ville m’a appris la couleur, et j’ai embrassé sa lumière, ses mélanges insolents et ses inventions ardentes », confiera-t-il .
Selon ses propres mots, le créateur qui trouvait « refuge » dans le noir pour ses créations, voit ses couleurs se nourrir de celles qu’il observe dans les rues de la médina. Les caftans, sarouels et djellabas font alors intrusion dans l’univers fermé de la Haute Couture .
Le Jardin Majorelle, dernière demeure
En 1980, Yves Saint Laurent et Pierre Bergé acquièrent le célèbre Jardin Majorelle pour le sauver d’un projet immobilier. Ce jardin, créé dans les années 1930 par le peintre Jacques Majorelle, devient leur sanctuaire marocain .
Aujourd’hui, selon la Fondation Jardin Majorelle, près de 800 000 visiteurs s’y rendent chaque année, ce qui en fait l’un des lieux les plus visités du Maroc .
En 2001, le couple crée la Fondation Jardin Majorelle, reconnue d’utilité publique dix ans plus tard. En 2011, le musée d’art islamique du jardin devient le Musée d’art berbère, abritant 600 objets de la collection léguée par Pierre Bergé .
À la mort d’Yves Saint Laurent en 2008, ses cendres sont dispersées dans le jardin Majorelle, rejointes en 2017 par celles de Pierre Bergé. Une stèle commémorative a été érigée dans un coin de la roseraie .
Un héritage vivant
Le musée Yves Saint Laurent, ouvert à Marrakech en 2018, est le pendant de celui de Paris et expose des pièces de Haute Couture ainsi qu’une sélection de vêtements du créateur . Selon Pierre Bergé, cette ouverture était l’aboutissement d’un rêve : « Lorsque Yves Saint Laurent découvrit Marrakech en 1966, ce fut un tel choc qu’il décida tout de suite d’y acheter une maison et d’y revenir régulièrement. Il est donc parfaitement naturel, cinquante ans après, d’y construire un musée consacré à son œuvre qui doit tant à ce pays » .
L’amour entre le créateur et le Maroc fut bien réciproque. Aujourd’hui encore, des musées et des artistes marocains rendent hommage au couturier, perpétuant une passion qui, selon les mots de Pierre Bergé, est « une grande histoire d’amour, de rencontres et de bonheur ».
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