Les annulations de séjours au Maroc se concentrent désormais sur le mois de septembre. Selon les données de Travelgate citées par Hosteltur, 84,13 % des annulations effectuées par des clients espagnols au cours de la semaine précédant le 4 septembre concernaient des séjours prévus en septembre.
La crise ouverte entre l’Espagne et le Maroc après les événements survenus à Ceuta fin juillet commence-t-elle à produire ses premiers effets sur le tourisme ? Les chiffres disponibles montrent, à tout le moins, un changement de comportement du marché espagnol.
Selon des données de la plateforme spécialisée Travelgate, rapportées par Hosteltur et reprises par La Gaceta, 84,13 % des annulations enregistrées parmi les clients espagnols durant la semaine précédant le 4 septembre concernaient des séjours programmés pour le mois de septembre. À titre de comparaison, septembre ne représentait que 51,58 % des annulations enregistrées sur la même période pour les autres marchés internationaux.
Un phénomène concentré sur les voyages imminents
Le chiffre de 84,13 % doit toutefois être interprété avec précision. Il ne signifie pas que 84 % des réservations espagnoles au Maroc ont été annulées.
Il indique que, parmi les réservations espagnoles qui ont effectivement été annulées durant cette période précise, 84,13 % concernaient des séjours devant commencer en septembre.
Cette concentration est néanmoins révélatrice. Elle suggère que le marché espagnol réagit particulièrement aux événements immédiats et à l’incertitude entourant les relations entre Madrid et Rabat.
Le mois de septembre représentait parallèlement environ 60 % des nouvelles réservations effectuées récemment par les clients espagnols, contre 44 % pour les autres nationalités. Les annulations concernent notamment plusieurs destinations très fréquentées par les touristes espagnols, parmi lesquelles Marrakech, Agadir, Meknès et Tanger.
Les agences constatent déjà un coup de frein
Le secteur touristique espagnol reste cependant plus prudent dans son appréciation de la situation.
La Confédération espagnole des agences de voyages (CEAV) a reconnu début septembre un ralentissement des nouvelles réservations vers le Maroc, tout en affirmant ne pas constater, à ce stade, de volume « significatif » d’annulations de voyages déjà programmés.
L’enjeu est considérable pour le Maroc. Le royaume accueille chaque année plusieurs millions de visiteurs espagnols, faisant de l’Espagne l’un de ses marchés touristiques européens les plus importants. Selon la CEAV, près de quatre millions d’Espagnols se rendent annuellement au Maroc.
D’autres acteurs du secteur décrivent cependant une situation beaucoup plus tendue, avec un net ralentissement des ventes et, dans certains cas, des agences faisant état de réservations quasiment à l’arrêt depuis la fin juillet.
Ceuta, point de bascule
Cette évolution intervient quelques semaines après l’épisode migratoire massif qui a touché Ceuta les 30 et 31 juillet.
Selon les chiffres rapportés par La Gaceta, environ 72 000 personnes auraient franchi illégalement la frontière durant ces deux journées. L’événement a provoqué une crise politique et sécuritaire majeure autour de la frontière entre l’Espagne et le Maroc. Une enquête judiciaire est par ailleurs en cours en Espagne sur les circonstances de cette arrivée massive.
Dans ce contexte, le tourisme apparaît comme l’un des premiers secteurs susceptibles de ressentir les conséquences d’une dégradation durable des relations bilatérales.
Un avertissement pour le secteur touristique marocain ?
Pour l’instant, il serait prématuré de parler d’un effondrement du tourisme espagnol au Maroc. Les données disponibles portent essentiellement sur une période courte et sur les comportements de réservation et d’annulation.
Mais le signal est suffisamment marqué pour attirer l’attention : le marché espagnol semble désormais beaucoup plus sensible à la crise politique et sécuritaire autour de Ceuta.
Le risque pour Rabat serait surtout de voir cette tendance se prolonger à l’automne, période importante pour le tourisme marocain. Une baisse durable des nouvelles réservations, combinée à une multiplication des annulations de dernière minute, pourrait alors commencer à se traduire directement dans les taux d’occupation des hôtels, l’activité des agences et les liaisons aériennes et maritimes entre les deux pays.
Après avoir longtemps été présenté comme l’un des principaux ponts économiques entre l’Espagne et le Maroc, le tourisme pourrait ainsi devenir à son tour un indicateur de la profondeur de la crise entre Madrid et Rabat.
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