Dans la présentation, Thierry Oberlé le définit comme opaque, absent, et il se demande qui est cet homme qui règne sur le pays depuis 25 ans. Quel rôle joue-t-il face à la corruption, au narcotrafic qui mine le pays, et comment le monarque des pauvres est-il devenu l’un des hommes les plus riches du monde ?
L’auteur tente de savoir quel est l’homme qui régit les destinées du Maroc, au-delà de ce que l’on voit.
Pour connaître le pays, je me suis déplacé d’Al Hoceïma à Laâyoune.
Comme tout homme qui détient le pouvoir, il possède des lumières et des ombres. Selon l’auteur, pendant 30 ans, il a eu des entretiens avec des personnes qui le connaissent, non seulement au Maroc mais aussi à Paris.
Les personnes qui ont parlé l’ont fait sous couvert d’anonymat.
Thierry Oberlé est un spécialiste du Proche-Orient.
Dans ses premières années, il était défini par tous comme un roi cool, en quelque sorte génial ; il n’aimait pas être enfermé dans une cage dorée. Certains se demandent quel sera le successeur, mais personne n’a de réponse.
La rumeur sur sa santé est toujours présente, bien qu’il fasse du sport, il a eu des problèmes de surpoids. Malgré l’asthme et d’autres problèmes bronchiques, le roi fume ; un détail que j’ignorais. À Rabat, il y a une clinique royale, où il a été opéré d’un problème à un œil. En 2022, il a attrapé le Covid, dans une version peu connue, et il est allé se rétablir dans son château de Betz.
Mohamed VI n’accorde pas d’interviews et n’aime pas les médias. Enfant gâté, petit, il jouait seul avec ses jouets et inspirait la protection ; il ne souhaite pas être comparé à son père.
Je dois dire que je suis le fil du livre, car on a l’impression que je passe d’un sujet à l’autre, mais c’est parce que je suis fidèlement ce que l’auteur raconte ; moi aussi, je remarque un manque de fil conducteur et d’ordre chronologique, mais celui qui écrit le fait à sa manière.
Le roi est régi par la hiba, une autorité naturelle que donne la fonction, personne ne peut le contredire, il faut toujours marquer ses distances avec lui. La hiba est aussi un vaste espace, une esplanade ? qui mène à l’endroit où se trouve Sa Majesté. Je fais une petite parenthèse : le livre parle de Ben Barka*, la cerise sur le gâteau, comme vous pouvez l’imaginer, je ne vais pas aborder cette affaire ; d’ailleurs, le livre est assez épais pour ne pas entrer dans un sous-thème. Oufkir et Dlimi apparaissent également. Horreur ! On comprend qu’ils font partie de l’histoire du Maroc, mais ils n’ont rien à voir avec Mohamed VI, qui était un enfant à l’époque de ces événements.
*Hiba a plusieurs interprétations.
** Ici, ce qui est raconté est ce qu’un policier français a déjà déclaré il y a des années et que le médecin personnel de Hassan II, témoin des faits, confirme aujourd’hui. La tête de Ben Barka aurait été remise au roi sur un plateau d’argent. Le médecin a publié un livre intitulé Le Cheval du roi, où il raconte les faits, mais Moulay Hichan, dans un ouvrage qu’il a écrit, commente que l’histoire de la tête de Ben Barka circulait dans l’entourage du roi.
Un autre sujet abordé par le livre pour les curieux est celui du harem de Hassan II, comment était la vie là-bas et quel rôle il jouait dans la vie du roi.
On parle aussi de Mohammed Mediouri, l’homme qui a eu une relation amoureuse avec l’épouse de Hassan II pendant des années. Le couple est allé vivre à Paris dans un petit palais que le roi leur avait acheté et qui a été vendu l’année dernière ; ils se sont mariés en 2000. Mediouri est passé d’un simple commissaire de police à un poste de grande responsabilité au palais, en tant que chef de la sécurité du roi. Mohamed VI a rompu avec les deux ; il n’a jamais accepté cette relation, et encore moins qu’elle se termine par un mariage. De Hassan, il raconte quelque chose comme le rituel des babouches : chaque jour, un esclave allait lui mettre les babouches quand il se levait.
Hassan II n’a jamais été favorable aux mariages mixtes et déplorait la déchristianisation de l’Europe.
Smit Sidi (Monseigneur)
Dès son plus jeune âge, on lui a mis une gouvernante française ; il appelait le roi « Papa » jusqu’à ce qu’à la puberté, il doive l’appeler « Majesté ». Il aime les chiens. On lui apprend à contrôler ses émotions. À l’école royale, il est toujours le numéro 1 en tout. Il possédait des voitures électriques miniatures et se promenait dans les jardins du palais ; il est né pour les arts plastiques et a un bon coup de pinceau pour l’aquarelle.
Fait curieux : le fils du sultan Zeïk Zayed Ben Sultan (Émirats arabes) a été envoyé à Rabat en 1975 et était camarade d’études de Smit Sidi. Il avait un passeport sous un autre nom, vivait seul, lavait lui-même ses vêtements et travaillait dans un café. Quand Smit Sidi s’est « émancipé », il aimait aller dans un restaurant proche de la Tour Hassan, Le Crépuscule. L’auteur nous parle d’un Rabat ancien, avec à peine des terrasses de café, des magasins obsolètes, en contraste avec une Casablanca ultra-moderne (je suis tout à fait d’accord). On parle des années 80. Il achetait et achetait ; à Paris, il faisait fermer les magasins pour pouvoir acheter tranquillement. Peu de place pour la culture, il se levait tard et enchaînait les achats avec ceux de la veille.
En 1985, il a obtenu une licence en droit. L’entourage du palais le trouve « intelligent », sensible, humain… Il a été à Bruxelles et a participé à des commissions d’études, et a obtenu un doctorat en droit. Mais la mauvaise relation avec son père était palpable ; celui-ci l’a menacé : si tu ne fais pas bien, le trône revient à ton frère. La relation était exécrable, ils s’évitaient ; en toile de fond, le refus de l’héritier de se marier, ce que le père ne comprenait pas.
À 36 ans, il est devenu roi et a eu un Premier ministre de gauche. En 1999, cinq millions de Marocains survivent avec moins d’un dollar par jour ; sur l’autoroute Rabat-Casablanca, les Mercedes croisent des charrettes tirées par des ânes.
Corruption, prébendes, atteignent l’appareil judiciaire…
Driss Basri a été l’un des premiers à partir, détesté de tous, car il a procédé à des purges à l’intérieur et à l’extérieur du palais. Les jours de Basri étaient comptés.
La modification de la Moudawana* a été une avancée, certes.
*Code de la famille où la femme est mal lotie. L’obéissance de l’épouse envers le mari disparaît. L’âge minimum légal pour se marier passe de 15 à 18 ans.
En 2011, il y a eu des manifestations demandant de limiter les pouvoirs royaux, plus de justice sociale et moins de corruption. Le 9 mars, le roi a promis une réforme de la constitution.
La prétendue pluralité et liberté de la presse marocaine n’est qu’une façade ; les journalistes sont payés par le ministère de l’Intérieur.
Nomade de luxe.
Il mène une vie itinérante, migre comme les oiseaux selon la saison, plages du Gabon et de Zanzibar, et étés frais en France. Il voyage avec trois avions et une caravane de personnes qui doivent s’occuper de lui ; il possède 12 palais, de Dar es Salam en passant par Skhirat jusqu’aux palais de Tétouan et d’Al Hoceïma ; si le préféré de Hassan II était Skhirat, celui du fils est Marrakech ; à Agadir, il y en a deux ; un à Tanger, flanqué d’une forêt de pins et de sapins avec son propre embarcadère où un yacht est toujours disponible ; celui de Tétouan est fastueux, un classique de style ancien connu sous le nom de Dar el Makhzen, classé au patrimoine de l’UNESCO ; en été, il aime passer quelques jours à M’Diq.
On ne le voit jamais sur la scène internationale. Le 16 décembre 2023, il est allé à un sommet sur le climat à Dubaï, mais au final, il a préféré faire du shopping en short dans l’un des endroits les plus luxueux de la capitale, puis il est allé aux Seychelles pour le Nouvel An, de là à Singapour, mais avant, il est passé par Mahé ; il est rentré à Rabat le 11 janvier. Il possède deux yachts et une goélette, cette dernière à M’Diq, le Badis I, qui coûte 10 millions de dollars par an. C’est un grand homme d’affaires ; il est propriétaire du Royal Mansour Tamouda Bay, un hôtel de la chaîne hôtelière royale ; dormir dans cette chaîne d’hôtels coûte de 1 800 € la nuit à 8 600 €.
Le fils ne semble pas aimer beaucoup Paris ni la culture française.
Mohamed VI est considéré comme un hédoniste qui n’aime pas lire ; au quotidien, il gouverne par téléphone ; sa journée de travail commence tard et se termine tôt. Il aime le luxe et l’ostentation.
Lalla Salma.
La rumeur qui a circulé dans l’entourage royal et à laquelle l’auteur a eu accès est qu’on lui a présenté une liste de 50 candidates et qu’il a choisi elle ; ce ne fut pas un coup de foudre ni rien de tel. Elle a été éduquée à Rabat par sa grand-mère maternelle car sa mère est décédée quand elle avait trois ans ; ils se sont rencontrés lorsqu’elle faisait un stage sur des choses informatiques dans l’entourage royal. Elle aime aussi le luxe, se promener en yacht dans les Cyclades (Grèce) ; elle est propriétaire d’une île complètement isolée à Kéa. Après son divorce, un site Internet est apparu, appelé « le Crapouillot », qui se consacrait à l’insulter, c’est désobligeant, agressif, désobéissant, de caractère irascible, elle cherche la confrontation avec ses belles-sœurs et le roi a dû intervenir. Derrière, il y avait l’entourage royal, c’est-à-dire le palais. Les relations du couple n’étaient pas bonnes, car il a vraiment choisi parce qu’il devait choisir ; ils avaient des caractères incompatibles, mais la grosse dispute du couple a eu lieu lors d’un bal organisé par Moulay Rachid ; il y a eu une bagarre entre elle et une cavalière qui accompagnait le roi, et le roi ne l’a pas soutenue. Elle a tenté de sauver le mariage ; en été, le roi était à M’Diq et elle au palais de Tanger ; elle l’a appelé et lui a dit qu’elle voulait le voir ; le roi lui a dit non, et malgré ce refus, elle a pris sa voiture et s’est dirigée vers M’Diq ; elle n’a pas pu entrer dans le palais, les gardes l’ont repoussée.
Les frères Azaitar.*
Ils étaient tout le temps au palais et constituaient un obstacle pour voir ou parler au roi, comme l’avait été un architecte américain au début des années 2000. L’entourage du palais était irrité par la situation, mais Mohamed VI peut avoir des accès de colère et humilier n’importe qui. Alain Juillet, proche de la DGE en France, a fait un commentaire sur le divorce du roi et n’a plus jamais pu entrer au Maroc ; le commentaire a été publié dans Le Point et la source était anonyme, mais les services secrets marocains ont ouvert une enquête et ont identifié la personne. Au palais, tout le monde se posait cette question : que fait ce trio de gangsters ici ? Car les Azaitar avaient eu des problèmes avec la justice en Allemagne, c’étaient de véritables gangsters. Le roi est allé jusqu’à envoyer un avion à Cologne pour récupérer l’un des frères pendant l’épidémie de Covid, avec les frontières fermées… l’histoire est longue et, certes, on ne comprend pas l’affinité du roi avec les trois boxeurs.
*La relation avec les Azaitar a pris fin en 2024, mais l’auteur semble l’ignorer car il ne le mentionne pas dans le livre.
245 millions d’euros, c’est le coût annuel de l’entretien de la maison royale.
Les phosphates appartiennent à l’État, pas au roi.
Le taux d’alphabétisation est bas.
La pauvreté reste élevée.
Le taux de chômage est très élevé.
Les salaires sont très bas.
Il y a une grande sécheresse et un manque de pluie.
Pourquoi ce livre s’intitule-t-il « Le Mystère » ? Parce que peut-être y a-t-il un mystère, je ne sais pas, il faudrait demander à l’auteur.
Voilà pour le résumé. Il devient pénible de continuer car il y a beaucoup de données financières. Mais l’essentiel a été dit.
Le fils semble avoir un fort caractère, mais on en sait peu plus. En 2019, étant encore très jeune, il a fait une scène impressionnante en passant sur une route pleine de nids-de-poule qui menait chez sa tante Malika, la sœur de sa mère ; peu après, on l’a réparée. Il y a quelques autres épisodes, mais cela serait trop long pour un résumé. L’auteur a demandé à un professeur à propos du jeune homme, et celui-ci a répondu : « Si vous étiez fan de Hassan II, vous le serez de Hassan III. »
Au Maroc, il y a une figure très importante dans le gouvernement et le Makhzen, nommée Fouad Ali El Himma, ancien compagnon de Mohammed, il détient un grand pouvoir ; ce n’est pas Oufkir, mais c’est la personne de la plus grande confiance du roi et il est connu sous le nom de « Vice-Roi ». Tout le monde se demande ce qu’il deviendra à la mort de Sidi.
Selon l’auteur du livre, le chapelet que porte le roi est pour l’éloigner du mauvais œil. C’est en définitive un amulette.
#Maroc #MohammedVI_le_mystère #Thierry_Oberlé #livre #Lalla_Salma #prince_héritier_HassanIII

Be the first to comment on "Maroc : Mohammed VI, le mystère (Livre de Thierry Oberlé)"