L’arrestation du journaliste marocain Ali Lmrabet, figure emblématique du journalisme indépendant au Maroc, suscite une vive émotion parmi les défenseurs de la liberté de la presse. Interpellé le 12 juillet à son arrivée à l’aéroport de Tanger, le journaliste est poursuivi pour « diffusion de fausses informations » ainsi que pour « diffamation et insultes envers des personnes et des institutions », selon le parquet marocain.
Installé à Barcelone depuis plus de vingt ans, où il s’était exilé après avoir été empêché d’exercer son métier dans son pays, Ali Lmrabet est considéré par de nombreux observateurs comme l’une des dernières grandes voix critiques du paysage médiatique marocain. Ses chroniques diffusées sur YouTube et les réseaux sociaux rencontrent un large public, notamment en raison de leurs analyses incisives de la vie politique marocaine.
Un journaliste de longue date dans le viseur des autorités
La confrontation entre Ali Lmrabet et le pouvoir marocain ne date pas d’hier. Au début des années 2000, il dirigeait les hebdomadaires satiriques Demain Magazine (en français) et Douman (en arabe). Après la publication d’un dessin jugé offensant envers le roi Mohammed VI, il avait été condamné à une peine de prison, finalement réduite à un an. Ses journaux furent interdits et il écopa d’une interdiction d’exercer le journalisme pendant dix ans.
Depuis son exil en Espagne, Lmrabet a poursuivi son activité journalistique en dénonçant régulièrement la corruption, les atteintes aux droits humains, la répression des mouvements sociaux et les restrictions à la liberté d’expression au Maroc. Il s’est également intéressé à des sujets particulièrement sensibles, comme la question du Sahara occidental, les camps de réfugiés sahraouis en Algérie, les relations entre Rabat et Israël ou encore les manifestations de la jeunesse marocaine pour de meilleures conditions de vie.
Les organisations internationales réclament sa libération
L’annonce de son arrestation a provoqué une réaction rapide de plusieurs organisations internationales de défense de la liberté de la presse, dont Reporters sans frontières (RSF) et la Fédération internationale des journalistes (FIJ), qui demandent sa libération immédiate. Elles estiment que les poursuites engagées contre lui sont directement liées à son travail journalistique.
De nombreuses personnalités ont également exprimé leur solidarité. La journaliste marocaine Hajar Raissouni, elle-même confrontée par le passé à la justice marocaine avant de s’exiler en France, a salué « près de trente années de journalisme indépendant malgré les procès, la prison et les interdictions », appelant à la libération de son confrère.
Le silence des partenaires européens critiqué
L’affaire met également en lumière la prudence des gouvernements européens. Malgré la double nationalité marocaine et française d’Ali Lmrabet, ainsi que ses liens étroits avec l’Espagne où il réside avec sa famille, Paris et Madrid n’ont, dans un premier temps, formulé aucune réaction officielle. Interrogé par des journalistes, le ministre espagnol des Affaires étrangères, José Manuel Albares, a déclaré ne pas connaître le dossier, une réponse qui a suscité l’incompréhension de plusieurs observateurs.
Cette réserve diplomatique est largement attribuée à la volonté des capitales européennes de préserver leurs relations stratégiques avec Rabat, partenaire essentiel dans les domaines de la sécurité, de la migration et de la coopération économique.
Une répression plus large contre les voix critiques
L’arrestation d’Ali Lmrabet intervient dans un contexte de durcissement de la répression contre les voix dissidentes au Maroc. Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, les poursuites visant des journalistes, des militants et des internautes se sont multipliées ces dernières années. De nombreux participants aux mouvements de contestation de la jeunesse ont été condamnés à des peines de prison après avoir dénoncé les difficultés sociales, le chômage ou les insuffisances des services publics.
Le lendemain de l’arrestation de Lmrabet, le rappeur Mehdi El Youbi, connu sous le nom de scène Mehdi Black Wind, a lui aussi été arrêté à son arrivée au Maroc. Installé en France, l’artiste est réputé pour ses textes engagés consacrés à Gaza, aux inégalités sociales, aux difficultés rencontrées par la jeunesse et aux atteintes aux libertés publiques.
Pour les défenseurs des droits humains, ces deux arrestations illustrent la pression persistante exercée sur les journalistes, les artistes et les intellectuels critiques au Maroc. Elles relancent également le débat sur la liberté d’expression dans le royaume et sur la responsabilité de ses partenaires internationaux face aux atteintes répétées aux droits fondamentaux.
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