Le quotidien algérien El Khabar a mis en lumière ce qu’il qualifie de nouvelle escalade suspecte dans le discours de Bamako à l’égard de ses partenaires régionaux.
Dans un long article intitulé « Les putschistes hypothèquent l’avenir du Mali… La présence marocaine, nouveau visage de l’influence française », El Khabar affirme que les autorités militaires maliennes continuent de soutenir un discours selon lequel elles auraient mis fin à leurs liens avec la France et à la présence militaire française sur leur territoire, présentant cette démarche comme l’expression d’un recouvrement de la souveraineté nationale et de l’indépendance dans les décisions politiques et sécuritaires.
Ce discours soulève cependant, selon le journal à large diffusion, de nombreuses interrogations quant à la nature des nouvelles dépendances dans lesquelles Bamako se serait engagée ces dernières années, ainsi qu’à leur compatibilité avec les justifications avancées lors de la rupture avec Paris.
Alors que les autorités militaires maliennes affirment s’être libérées de l’influence française, poursuit le journal, plusieurs rapports en provenance de Bamako font état d’une présence marocaine croissante dans divers dossiers au Mali. Selon ces observateurs, le discours sur l’émancipation des ingérences étrangères perd de sa crédibilité lorsqu’il s’accompagne d’une dépendance à de nouveaux partenaires jouant un rôle influent sur le terrain.
Le journal s’interroge ainsi : comment peut-on parler de rupture avec la France alors même que les domaines de coopération avec le Maroc — l’un des principaux alliés de Paris dans la région — ne cessent de s’élargir ?
Selon les partisans de cette analyse, le problème ne réside pas dans l’établissement de relations de coopération avec tel ou tel acteur, mais dans la contradiction entre le discours politique affiché et la réalité sur le terrain, surtout lorsque cette situation est présentée à l’opinion publique comme une libération totale de toute influence extérieure. Ils demandent également davantage d’explications sur la nature réelle de ces partenariats et leurs objectifs, plutôt que de se limiter à des slogans politiques vantant la protection de la souveraineté nationale, la poursuite de la lutte africaine et le respect de l’héritage du révolutionnaire africain Thomas Sankara, assassiné lors d’un coup d’État militaire mené par Blaise Compaoré au Burkina Faso en 1987.
Ces observateurs rappellent également un proverbe populaire selon lequel celui qui cherche à éviter un trou peut tomber dans un puits plus profond. Une allusion au fait que remplacer une influence étrangère par une autre ne signifie pas nécessairement atteindre l’indépendance souhaitée ou consolider la souveraineté nationale, mais peut au contraire conduire à une nouvelle forme de néocolonialisme, dont la France serait le principal moteur malgré les crises profondes qu’elle traverse.
Pour comprendre ce qui se passe, poursuit le journal, il faut se tourner vers l’histoire et tenter de répondre à cette question fondamentale : qu’a fait la France au Mali ? Selon l’article, au-delà des récits officiels relayés par les médias français et marocains, lorsque le président malien élu Modibo Keïta revendiquait l’indépendance du Mali vis-à-vis du colonialisme français, le développement de son pays et la lutte contre la pauvreté, Paris aurait soutenu un coup d’État militaire sanglant mené par Moussa Traoré, conduisant à l’emprisonnement de Modibo Keïta jusqu’à sa mort. Depuis lors, Moussa Traoré aurait gouverné le Mali d’une main de fer pendant vingt-trois ans avant qu’une série de coups d’État ne secoue le pays.
Selon le journal, il s’agit avant tout d’une question d’intérêts. Le Mali est un pays riche en ressources naturelles mais confronté à la pauvreté. Certains s’interrogent : comment un pays riche peut-il être pauvre ? Une question qui concerne également plusieurs États de la région. D’après cette analyse, la réponse réside dans ce que l’on appelle le néocolonialisme, qui serait revenu par la fenêtre après être sorti par la porte, à travers l’ingérence dans les affaires intérieures des États, comme cela aurait été le cas au Niger et au Burkina Faso, et comme cela se poursuivrait aujourd’hui au Mali via des acteurs régionaux servant les intérêts de puissances coloniales.
Le journal pose également une autre question : comment les pays du Sahel, riches en or, pétrole, gaz et uranium, peuvent-ils demeurer parmi les plus pauvres du monde alors que leurs ressources sont exploitées par de grands groupes français tels que Bolloré, Bouygues, Lagardère, Areva ainsi que leurs partenaires Alstom et Suez, qui auraient contribué pendant des décennies au renforcement de l’économie française, tandis que les populations locales continuaient à souffrir de pauvreté, de famine et de sous-développement ?
Dans la région du Sahel, poursuit l’article, l’espérance de vie demeure faible par rapport aux moyennes mondiales, dépassant rarement cinquante ans dans les meilleures conditions. Une grande partie de la population rencontre des difficultés d’accès à la nourriture et à l’eau potable, tandis que la scolarisation reste un défi majeur dans plusieurs zones où moins de 30 % des enfants fréquentent l’école.
Au lieu de devenir un espace prometteur pour le développement et l’investissement en Afrique, les pays du Sahel se sont transformés, selon El Khabar, en théâtre de conflits armés, de guerres civiles, de coups d’État, de pauvreté et de famine. À certaines périodes, ils sont même devenus des bases arrière pour des organisations terroristes profitant de la fragilité des situations sécuritaires et politiques.
Le journal estime également que les auteurs du coup d’État arrivés au pouvoir au Mali avaient promis aux citoyens une vie meilleure, un développement durable, une exploitation équitable des richesses nationales, la construction d’un État stable et prospère, ainsi qu’une indépendance totale et la préservation de la souveraineté nationale. Cependant, plus de cinq ans après leur arrivée au pouvoir, de nombreux Maliens considèrent que la plupart de ces promesses n’ont pas été tenues et que le pays continue de faire face à d’importants défis sécuritaires et économiques, tandis que les rivalités régionales et internationales autour de son avenir et de sa place dans le Sahel persistent.
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