La France a renoncé à acquérir le logiciel espion Pegasus à la fin de l’année 2020 en raison des risques qu’il faisait peser sur sa souveraineté et de son coût réputationnel, alors même que plusieurs membres du gouvernement français auraient été ciblés par cet outil de surveillance.
Selon Forbidden Stories, qui s’appuie sur des documents d’enquête et des auditions judiciaires consultés par le consortium, les autorités françaises ont envisagé pendant plusieurs mois l’achat du logiciel développé par la société israélienne NSO Group. Le projet, estimé entre 60 et 80 millions d’euros, aurait suscité l’intérêt de plusieurs services de renseignement ainsi que du ministère de la Justice avant d’être définitivement écarté par l’Élysée.
L’enquête révèle également que sept téléphones de ministres français de l’époque présentent des traces de compromission attribuées à Pegasus. Les analyses techniques auraient mis en évidence des marqueurs similaires à ceux déjà identifiés sur d’autres cibles associées au Maroc, notamment les anciens ministres Sébastien Lecornu, Florence Parly, Jean-Michel Blanquer, Jacqueline Gourault, Julien Denormandie, Emmanuelle Wargon et François de Rugy.
Les documents consultés évoquent aussi la poursuite de démarches administratives en vue d’obtenir une autorisation de commercialisation de Pegasus en France, malgré le veto présidentiel. Cette situation soulève des interrogations sur la persistance de l’intérêt de certains services pour cet outil de surveillance.
Selon le consortium, la Direction générale des services extérieurs (DGSE) estime être en mesure de rattacher certaines intrusions à l’activité de services de renseignement de pays utilisateurs de Pegasus, dont le Maroc, et considère que ces opérations portent atteinte aux intérêts fondamentaux de la Nation. Le royaume a toujours contesté avoir utilisé ce logiciel d’espionnage et a refusé de coopérer avec les enquêteurs français dans le cadre de la procédure judiciaire.
Ces nouvelles révélations interviennent alors que les relations franco-marocaines connaissent un rapprochement diplomatique marqué, illustré par une visite de plusieurs ministres français à Rabat.
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