L’Espagne prise de court par un nouveau « coup bas » diplomatique du Maroc à Ceuta

Ce nouvel incident intervient alors que l'Espagne pensait avoir acheté la sérénité internationale à prix fort. Depuis mars 2022 et la lettre adressée par Pedro Sánchez au roi du Maroc, Madrid s'est alignée sur le plan d'autonomie marocain pour le Sahara occidental, rompant avec des décennies de neutralité historique.

« Il faut être deux pour se battre », dit le dicton. Pourtant, du côté de Madrid, tout a été fait pour éviter l’affrontement avec le voisin marocain. Multipliant gestes symboliques, égards diplomatiques et concessions stratégiques majeures depuis 2022, le gouvernement de Pedro Sánchez pensait avoir scellé une paix durable avec le Royaume du Maroc. L’assaut migratoire massif essuyé par l’enclave espagnole de Ceuta vient d’infliger un véritable choc au gouvernement espagnol, désemparé face à un partenaire imprévisible.

Un assaut frontal facilité par les forces marocaines

Les chiffres sont saisissants : en l’espace de quelques heures, plus de 70.000 personnes ont franchi le poste-frontière du Tarajal pour pénétrer à Ceuta. Ce record historique n’est pas le fruit du hasard ou d’une simple poussée incontrôlée. Les témoignages recueillis sur place et les enregistrements vidéo attestent d’une complicité passive — voire active — des forces de sécurité marocaines déployées sur la digue et le long du littoral.

Loin de la version officielle imputant la responsabilité aux seules « mafias de passeurs », la réalité du terrain confirme l’absence d’organisations criminelles structurées derrière ce flux. Il s’agit d’une manœuvre où la tolérance délibérée des autorités locales a servi de levier de pression direct sur la souveraineté espagnole.

La diplomatie des concessions à l’épreuve des faits

Ce nouvel incident intervient alors que l’Espagne pensait avoir acheté la sérénité internationale à prix fort. Depuis mars 2022 et la lettre adressée par Pedro Sánchez au roi Mohammed VI, Madrid s’est alignée sur le plan d’autonomie marocain pour le Sahara occidental, rompant avec des décennies de neutralité historique.

Les gestes de bonne volonté de La Moncloa n’ont cessé de s’accumuler :

-Mondial 2030 : Manœuvres de Pedro Sánchez pour intégrer le Maroc dans la candidature commune avec le Portugal.

-Défense juridique à Bruxelles : Mobilisation de l’Avocature de l’État espagnol devant la CJUE pour préserver les accords commerciaux et halieutiques avec Rabat malgré les décisions favorables au Front Polisario.

-Évitement diplomatique à Ceuta et Melilla : Annulation de toute visite officielle de la famille royale espagnole dans les deux enclaves autonomes afin de ne pas froisser la sensibilité marocaine.

-Gestes personnels : Vacances privées du président du gouvernement et de sa famille à Marrakech en août 2023.

Des contreparties inexistantes

En échange de ces égards, les contreparties obtenues par l’Espagne apparaissent dérisoires. La « feuille de route » signée à Rabat en avril 2022 prévoyait la réouverture et la création de douanes commerciales à Ceuta et Melilla. Près de trois ans plus tard, ces douanes restent inopérantes, maintenant l’asphyxie économique orchestrée par le Maroc contre ces territoires dont il revendique toujours la souveraineté.

De même, l’engagement formel de renoncer aux « actes unilatéraux » a volé en éclats au Tarajal. Si le Maroc a modéré les départs de pirogues vers les îles Canaries, il continue d’utiliser la frontière terrestre de Ceuta comme un robinet politique ajustable selon ses intérêts diplomatiques.

Une réaction espagnole sous le signe de la timidité

Sonnée par la brutalité de l’événement, la réaction du gouvernement espagnol a surpris par son hésitation. Plutôt que de convoquer l’ambassadrice du Maroc à Madrid, Karima Benyaich, le ministre des Affaires étrangères José Manuel Albares a préféré s’en prendre à la diplomatie italienne à propos d’une discussion mineure sur les accords de Schengen.

Au cours d’appels nocturnes d’urgence entre les ministres de l’Intérieur des deux pays, Rabat s’est engagé à accepter les retours immédiats des migrants pour éviter un embrasement politique. Mais au sein même des ministères de l’Intérieur et des Affaires étrangères à Madrid, le doute s’installe définitivement : face à un Maroc envalentoné par ses alliances fortifiées avec les États-Unis, Israël et la France, la stratégie d’apaisement de Madrid a atteint ses limites.

Source originale : El Confidencial, 3 août 2026

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