La ville autonome espagnole de Ceuta, enclavée sur la côte nord-africaine, a été submergée la semaine dernière par une vague migratoire sans précédent, provoquant une crise humanitaire et diplomatique majeure. Le président de la région, Juan Jesús Vivas, a directement mis en cause le Maroc, accusant Rabat d’avoir encouragé, voire orchestré, ce qu’il qualifie d’« attaque contre l’intégrité territoriale » de l’Espagne.
Selon les autorités espagnoles, près de 69 500 personnes auraient franchi les frontières de Ceuta en quelques jours, une ville de seulement 84 000 habitants. Si la majorité d’entre elles ont été renvoyées au Maroc depuis lundi, environ 2 500 personnes, dont 862 mineurs non accompagnés, se trouveraient toujours sur place, vivant dans des conditions précaires, dormant sur les plages ou à proximité des mosquées.
« C’est une atrocité », a déclaré Juan Jesús Vivas au journal El País. « Il y a 88 corps à la morgue, et d’autres encore de l’autre côté de la frontière », a-t-il ajouté, décrivant une population locale partagée entre « tristesse, inquiétude et angoisse ». Pour lui, il ne s’agit pas d’une simple crise migratoire, mais d’une violation délibérée de la souveraineté espagnole, « encouragée ou permise par le Maroc », reprenant des accusations similaires à celles formulées lors d’un précédent incident en mai 2021.
Cette nouvelle escalade intervient dans un contexte diplomatique tendu. Des analystes suggèrent que le rapprochement récent entre Madrid et Alger, principal rival de Rabat, pourrait avoir provoqué une réaction marocaine. Si Madrid a officiellement appelé le Maroc à enquêter, les services de renseignement espagnols soupçonnent les autorités marocaines d’avoir, au minimum, laissé faire, voire facilité le passage des migrants après la propagation d’une rumeur sur les réseaux sociaux concernant l’assouplissement des règles d’expulsion.
Un drame humain et une crise politique européenne
Sur le terrain, les témoignages sont poignants. Ashraf, un Marocain de 28 ans, raconte avoir nagé au milieu des corps pour atteindre Ceuta, poussé par la police marocaine. Une mère de famille erre dans les rues de la ville, à la recherche désespérée de ses deux enfants, âgés de 13 et 16 ans, qui ont plongé dans la mer pour la suivre.
La crise a également provoqué des remous au sein de l’Union européenne. Plusieurs États membres, dont l’Italie, ont critiqué la gestion espagnole, allant jusqu’à réclamer sa suspension de l’espace Schengen. Madrid, qui dénonce une campagne de « désinformation », a demandé la solidarité de ses partenaires, soulignant que l’Espagne n’est pas le pays le plus touché par les arrivées irrégulières en Méditerranée.
Lors d’une réunion d’urgence des ministres de l’Intérieur prévue mardi, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a salué la réactivité de Madrid tout en appelant à renforcer les frontières extérieures. Une source diplomatique a confié au Guardian qu’une forte suspicion plane sur une éventuelle coordination de la crise, tout en reconnaissant qu’il est difficile pour l’Espagne d’accuser frontalement le Maroc, compte tenu de la coopération nécessaire pour gérer les flux migratoires et assurer la sécurité.
Une campagne de désinformation russe pointée du doigt
Parallèlement, des craintes ont été exprimées quant à une instrumentalisation de la situation par des puissances étrangères. Le ministre ukrainien des Affaires étrangères par intérim a affirmé avoir identifié plus de 1 500 publications sur le sujet provenant de réseaux prorusses, dénonçant une campagne de propagande intensive visant à « semer la déstabilisation » en Europe.
La crise de Ceuta révèle ainsi les tensions géopolitiques complexes qui sous-tendent les enjeux migratoires aux portes de l’Europe, mêlant relations bilatérales tendues, défis humanitaires et ingérences informationnelles.
Avec The Guardian
#Maroc #crise_migratoire #Ceuta #Europe #services_secrets_espagnols #Maroc_Espagne #Maroc_Ceuta #Maroc_Sahara_Occidental

Be the first to comment on "Ceuta : l’afflux migratoire massif qualifié d’« atrocité », le Maroc dans le viseur"