Le gouvernement marocain estime que la crise migratoire ayant frappé l’enclave espagnole de Ceuta aurait pu être évitée si les autorités espagnoles avaient anticipé les conséquences d’une récente décision judiciaire limitant les expulsions immédiates de migrants arrivés par voie maritime. Pour Rabat, cette évolution juridique a créé un puissant appel d’air dont les réseaux de passeurs ont rapidement tiré profit.
Lors de la première prise de parole officielle des autorités marocaines depuis les traversées massives de la semaine dernière, un haut responsable gouvernemental a rejeté les accusations selon lesquelles le Maroc aurait volontairement desserré son dispositif de contrôle aux frontières.
Selon Madrid, environ 69 500 migrants ont déjà regagné le Maroc après avoir pénétré dans l’enclave espagnole, tandis que Rabat affirme qu’environ 40 000 personnes sont parvenues à entrer à Ceuta durant la crise. Le bilan humain demeure particulièrement lourd, avec 72 morts recensés côté espagnol et 11 côté marocain.
Rabat met en cause le jugement du 8 juillet
Les autorités marocaines désignent directement un arrêt rendu le 8 juillet par la justice espagnole, qui limite les possibilités de renvoi immédiat des migrants arrivant à Ceuta ou Melilla par la mer.
Selon le responsable marocain, cette décision a affaibli l’effet dissuasif qui constituait jusqu’alors l’un des piliers de la coopération migratoire entre les deux pays. Il affirme que les réseaux de trafic de migrants se sont rapidement emparés de cette nouvelle situation pour convaincre des milliers de candidats au départ qu’une fois le territoire espagnol atteint, ils bénéficieraient d’une protection juridique accrue.
« Le tapis rouge » une fois la frontière franchie
Le responsable marocain a également dénoncé ce qu’il considère comme une contradiction dans la politique européenne.
Selon lui, l’Union européenne demande au Maroc d’empêcher les départs tout en offrant, une fois les migrants arrivés sur le territoire européen, un cadre juridique qui réduit fortement les possibilités de retour immédiat.
Rabat affirme que cette incohérence compromet les efforts communs de lutte contre l’immigration irrégulière et affaiblit les mécanismes de dissuasion mis en place depuis plusieurs années.
Le Maroc défend son dispositif de surveillance
Les autorités marocaines assurent qu’aucun relâchement des contrôles n’a précédé les traversées massives.
Le royaume rappelle mobiliser environ 24 000 agents de sécurité le long de son littoral nord afin de prévenir les départs clandestins et souligne que cette stratégie repose sur deux principes : empêcher les traversées et faciliter la réadmission rapide des personnes entrées illégalement en Espagne.
Selon les chiffres officiels marocains, près de 79 000 tentatives de passage ont été empêchées en 2024 et 74 000 supplémentaires l’année suivante.
Une coopération remise en question
Rabat affirme que la coopération hispano-marocaine en matière de contrôle des frontières était jusqu’à présent « exemplaire » et que la décision judiciaire espagnole est venue rompre un équilibre construit au fil des années.
Le gouvernement marocain estime désormais qu’il appartient à Madrid de rétablir un dispositif suffisamment dissuasif, tout en réaffirmant que le Maroc refuse de réduire la gestion des migrations à une approche exclusivement sécuritaire.
Ces déclarations interviennent alors que les autorités espagnoles, plusieurs responsables européens et la présidente de la Commission européenne ont exprimé leurs inquiétudes face à l’ampleur de la crise, certains responsables espagnols accusant Rabat d’avoir facilité les passages, une accusation que le gouvernement marocain rejette fermement.
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