Le Maroc mise sur le rail : une révolution ferroviaire discrète mais spectaculaire

Arrivé à Marrakech, le journaliste retrouve les images d'Épinal associées au Maroc : riads aux couleurs ocre, jardins secrets ornés de mosaïques géométriques, appels à la prière résonnant dans les ruelles de la médina, et surtout la place Jemaa el-Fnaa, qui s'anime à la tombée du jour.

Le Royaume chérifien est en train de se transformer en l’une des grandes puissances mondiales du train à grande vitesse. Selon un reportage du Telegraph, des chantiers colossaux s’étendent aujourd’hui le long des voies existantes, entre gares flambant neuves et travaux de terrassement larges comme des terrains de football, dessinant les contours d’un réseau qui doit être achevé à l’horizon 2030.

Un chantier à l’échelle d’un pays

D’après le journal britannique, l’ambition marocaine dépasse la simple modernisation des transports : il s’agit d’un véritable projet de société, comparable à une mini-revolution industrielle pour le pays. À l’horizon 2030, ce sont environ 630 kilomètres de lignes à grande vitesse qui relieront Tanger à Marrakech, desservies par plus d’une centaine de nouvelles rames. Dix ans plus tard, en 2040, le réseau devrait atteindre près de 1 100 kilomètres, intégrant Fès, Agadir et Oujda. Un projet, plus lointain encore, verrait même la construction d’un tunnel sous le détroit de Gibraltar pour relier directement le Maroc à l’Europe.

Le journaliste du Telegraph, qui a parcouru le pays d’un bout à l’autre, souligne que Tanger reste pour l’instant le point de départ de la seule vraie ligne à grande vitesse du royaume : l’Al Boraq. Inauguré en novembre 2018 après sept années de travaux, pour un coût avoisinant 1,6 milliard de livres, ce train relie Tanger à Casablanca — 320 kilomètres — en un peu plus de deux heures, contre environ cinq heures auparavant. Le journaliste note, non sans ironie, que ce budget et ce délai de construction paraissent bien modestes comparés au chantier britannique de la ligne HS2, généralement estimé à plus de cent milliards de livres et seize années de travaux.

De Tanger à Marrakech, un voyage entre deux époques

Le récit du Telegraph décrit un contraste saisissant entre les tronçons déjà modernisés et les lignes plus anciennes. Sur l’Al Boraq, le train atteint parfois sa vitesse de pointe d’environ 320 km/h, traversant paysages arides puis zones cultivées, avant de rejoindre les voies classiques pour l’arrivée à Casablanca-Voyageurs. Le journaliste évoque une ville d’affaires plus policée que Tanger mais moins policée que Rabat, une circulation particulièrement dense, et une atmosphère qu’il compare à celle de Naples pour son agitation.

Entre Casablanca et Rabat, le trajet se fait à bord de rames plus anciennes mais toujours appréciées par le voyageur britannique, notamment pour leur configuration en étage. Le tronçon suivant, entre Rabat et Marrakech, s’effectue lui aussi sur des rames d’un autre temps, avec des compartiments à l’ancienne rappelant les trains britanniques d’avant la privatisation des chemins de fer, sans connexion Wi-Fi. Ce trajet de quatre heures, précise l’article, ne durera plus qu’environ deux heures une fois la ligne à grande vitesse achevée.

Le récit s’attarde aussi sur la mixité sociale à bord de ces trains classiques : une mère de famille en visite chez son fils, un jeune couple absorbé par son téléphone, un homme d’affaires plongé dans son ordinateur portable. Une ambiance populaire qui contraste avec le confort aseptisé des rames modernes.

Marrakech et l’Atlas, en marge des rails

Arrivé à Marrakech, le journaliste retrouve les images d’Épinal associées au Maroc : riads aux couleurs ocre, jardins secrets ornés de mosaïques géométriques, appels à la prière résonnant dans les ruelles de la médina, et surtout la place Jemaa el-Fnaa, qui s’anime à la tombée du jour. Une excursion d’une journée dans l’Atlas lui permet également de découvrir Setti Fatma et ses cascades, la station de ski d’Oukaïmeden où les mulets remplacent encore les remontées mécaniques, ainsi que la vallée de l’Ourika, où il découvre avec surprise la quantité de sucre traditionnellement ajoutée au thé à la menthe marocain.

Voyager avant la grande transformation

Le Telegraph conclut sur une note nostalgique : d’ici 2030, les liaisons entre les grandes villes marocaines seront considérablement raccourcies et modernisées. Mais pour les amateurs de trains d’un autre temps — portes coulissantes, voitures à étage, bagages entassés dans les compartiments — le journal invite à profiter de ces lignes historiques dès maintenant, avant qu’elles ne disparaissent au profit de la grande vitesse.

Article rédigé à partir d’un reportage publié par The Telegraph.

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