Droits des femmes et emploi : le Maroc pionnier avec sa nouvelle stratégie nationale sur l’économie du soin

En ouvrant cette voie, le Maroc espère non seulement bâtir un « État social fort » sur le plan interne, mais également servir de modèle et de laboratoire d'idées pour l'ensemble de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), confrontée aux mêmes mutations démographiques (Photo : Commons Wikimedia)

Dans une démarche inédite pour la région, le Royaume du Maroc vient de formaliser le lancement de sa « Stratégie nationale pour l’économie du soin et le travail domestique ». Le pays devient ainsi le tout premier du monde arabe et le second sur l’ensemble du continent africain à se doter d’un tel plan d’action.

Portée par le ministère de la Solidarité, de l’Intégration sociale et de la Famille, cette feuille de route ambitieuse a été élaborée main dans la main avec l’Organisation internationale du Travail (OIT) et ONU Femmes. Elle vise à transformer en profondeur la perception et la structure du secteur du soin (care) au Maroc, tout en répondant aux défis pressants du vieillissement de la population et de l’évolution des structures familiales.

Alléger la charge invisible des femmes

Jusqu’ici, les tâches de soutien aux personnes dépendantes — qu’il s’agisse de la petite enfance, des personnes âgées, des malades ou des personnes en situation de handicap — reposaient de manière disproportionnée sur le bénévolat familial, et plus particulièrement sur les femmes.

Lors de la conférence de présentation à Rabat, la ministre de la Solidarité, Naïma Ben Yahia, a souligné que l’objectif majeur est de faire passer ce secteur « d’une responsabilité supportée principalement par les familles à une responsabilité partagée ». Cette transition est présentée comme un levier central pour l’autonomisation économique des femmes et la création d’emplois décents.

Les grands axes de la stratégie

Le programme adopte une approche transversale tout au long du cycle de la vie. Parmi les mesures clés annoncées, on retient :

  • La protection de la parentalité : Un renforcement des droits liés à la maternité, à la paternité et aux congés parentaux.
  • La professionnalisation des métiers : Une revalorisation et un encadrement strict des professions du soin pour garantir des conditions de travail dignes (le cadre des « 5R » de l’OIT : Reconnaître, Réduire, Redistribuer le travail non rémunéré, Récompenser le travail rémunéré et Assurer la Représentation des travailleuses).
  • Le développement de services de proximité : Une meilleure prise en charge territoriale des populations les plus vulnérables ou dépendantes.

Un moteur de croissance pour 2035

Les analyses économiques qui soutiennent ce projet sont claires : investir massivement dans l’économie du soin n’est pas seulement une mesure sociale, c’est un calcul économique rentable. Les projections estiment que ce plan pourrait générer un volume substantiel de nouveaux emplois à l’horizon 2035 tout en stimulant le taux de participation des femmes au marché du travail formel.

« Le soin ne peut plus être traité comme une responsabilité privée. Il doit être reconnu comme un bien public, un service essentiel et un pilier d’économies résilientes », a insisté Nyaradzayi Gumbonzvanda, directrice exécutive adjointe d’ONU Femmes.

En ouvrant cette voie, le Maroc espère non seulement bâtir un « État social fort » sur le plan interne, mais également servir de modèle et de laboratoire d’idées pour l’ensemble de la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord), confrontée aux mêmes mutations démographiques.

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