MADRID — Alors que les tensions autour de la frontière de Ceuta connaissent un regain d’attention en Espagne, la question du statut de Ceuta et Melilla s’invite également dans les discussions sur l’avenir des relations entre l’Union européenne et le Maroc.
Dans une analyse publiée le 22 septembre 2026, le média espagnol Escudo Digital estime qu’un éventuel nouvel accord entre Bruxelles et Rabat pourrait se heurter à une question particulièrement sensible : l’inscription explicite, dans un texte politique, de la souveraineté espagnole sur Ceuta et Melilla.
Une reconnaissance explicite au cœur du débat
Selon Escudo Digital, des sources présentées comme appartenant aux milieux du renseignement considèrent qu’un futur cadre entre l’Union européenne et le Maroc devrait comporter une reconnaissance explicite des territoires des États membres, avec une mention spécifique de Ceuta et Melilla.
Le média avance que cette reconnaissance pourrait prendre la forme d’une clause politique intégrée au préambule ou directement dans le texte d’un éventuel traité. L’objectif, selon les sources citées, serait d’éviter que la question des deux villes autonomes espagnoles reste exclusivement traitée comme un dossier bilatéral entre Madrid et Rabat.
L’analyse identifie trois éléments qui pourraient, selon ces sources, figurer dans un tel dispositif : une reconnaissance explicite de Ceuta et Melilla comme faisant partie du territoire espagnol et, par conséquent, de l’espace européen ; un engagement à ne pas utiliser les flux migratoires ou les contrôles frontaliers comme moyen de pression politique ; ainsi qu’un mécanisme européen de consultation et de réaction rapide en cas d’incident frontalier de grande ampleur.
Le précédent de la crise migratoire
Escudo Digital relie cette proposition aux événements survenus à Ceuta durant l’été 2026. Le média estime que cette crise a montré la possibilité, selon les sources qu’il cite, de transformer la frontière en instrument de pression dans les relations entre les deux pays.
L’article affirme également que les discussions entre les différentes parties se seraient intensifiées depuis cette crise. Il met toutefois en garde contre le risque qu’un accord ambigu permette de régler provisoirement les tensions sans traiter la question politique sous-jacente.
Ces affirmations relèvent de l’analyse publiée par Escudo Digital et de sources anonymes citées par le média ; elles ne constituent pas, à elles seules, la preuve de l’existence d’une proposition officielle de traité contenant une telle clause.
Une position européenne essentiellement juridique
Selon le média espagnol, Bruxelles privilégie jusqu’à présent une approche principalement juridique concernant Ceuta et Melilla. Les deux villes sont considérées comme situées sur les frontières extérieures de l’espace Schengen, avec un régime particulier.
Escudo Digital estime cependant que cette qualification juridique ne répond pas à la demande d’une reconnaissance politique explicite de la souveraineté espagnole. L’article soutient que cette distinction constitue l’un des points sensibles des discussions potentielles entre l’Union européenne, l’Espagne et le Maroc.
La position marocaine constitue un obstacle majeur
L’inscription d’une telle clause serait particulièrement délicate du point de vue marocain. Escudo Digital rappelle que la souveraineté sur Ceuta et Melilla constitue une revendication historique de Rabat.
Une reconnaissance écrite de ces territoires comme espagnols et européens entrerait donc en contradiction avec la position marocaine sur leur statut. Le média relie également cette question au contexte diplomatique plus large, notamment aux relations du Maroc avec les États-Unis et Israël ainsi qu’au dossier du Sahara occidental.
Dans le même temps, l’Union européenne entretient avec Rabat une coopération importante dans plusieurs domaines, notamment la migration, la sécurité et la stabilité de la Méditerranée occidentale. Cette interdépendance rend particulièrement sensible toute négociation susceptible de toucher au statut des deux enclaves.
Vers une européanisation du dossier ?
Au-delà de la seule question de la formulation juridique, l’enjeu identifié par Escudo Digital est celui du niveau auquel le dossier de Ceuta et Melilla doit être traité.
Une clause européenne explicite ferait passer la question d’un contentieux principalement hispano-marocain à une problématique impliquant directement l’Union européenne. Elle établirait ainsi un lien entre la protection des frontières extérieures de l’Union et la souveraineté espagnole sur les deux villes.
Cette perspective intervient alors que Ceuta est de nouveau au centre des préoccupations espagnoles en raison de la circulation de messages appelant à une nouvelle tentative d’entrée massive dans l’enclave. La question migratoire et celle de la sécurité frontalière se trouvent ainsi étroitement liées aux discussions plus larges sur les relations entre Madrid, Rabat et Bruxelles.
Pour Escudo Digital, le débat dépasse donc le seul statut de Ceuta et Melilla : il pose la question de la manière dont l’Union européenne entend protéger ses frontières extérieures tout en maintenant une coopération stratégique avec le Maroc.
Source : Escudo Digital, Mauricio Fernández, « The clause the EU and Morocco refuse to put in writing to safeguard Spain’s sovereignty over Ceuta and Melilla », 22 septembre 2026.
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