Phosphates : le long parcours d’obstacles d’Alger

Le président Tebboune, qui suit personnellement ce dossier, aurait fixé l'année 2027 comme échéance pour la mise en service complète du projet . L'Algérie espère ainsi produire 6 millions de tonnes de phosphate par an à partir du gisement de Bled El Hadba, dont les réserves sont estimées à plus de 2 milliards de tonnes.

Malgré les réguliers effets d’annonce sur la relance de l’industrie phosphatière dans le pays, le Projet de phosphate intégré (PPI) pâtit depuis plusieurs années d’accords sans lendemain et de la multiplication des acteurs sur le dossier.

Début juillet, Amar Grine, le directeur de l’Agence nationale de réalisation des infrastructures portuaires (Anrip), a dû décider de mettre les bouchées doubles sur le chantier de l’extension du port d’Annaba. Selon nos confrères d’Africa Intelligence, le projet de réalisation d’un quai minéralier mené par l’entreprise algérienne publique de BTP Cosider et la China Harbour Engineering Co (Chec) s’inscrit dans le grand Projet de phosphate intégré, objet d’une impatience présidentielle croissante.

L’ambition du chef de l’État, Abdelmadjid Tebboune, de développer l’industrie phosphatière du pays et de rivaliser au passage avec le géant marocain du secteur Groupe OCP se heurte années après années à des difficultés répétées. Depuis 2018 et la relance en particulier du projet d’exploitation de la mine de phosphate de Bled el-Hadba, dans la région de Tébessa, près de la frontière tunisienne, le dossier s’apparente à un millefeuille de décisions sans lendemain.

Un fiasco ou « des retards » ?

À l’époque, le fleuron algérien des hydrocarbures, la Sonatrach, alors dirigée par Abdelmoumen Ould Kaddour, avait conclu un accord avec le conglomérat étatique chinois China International Trust and Investment Corp (Citic) en vue de la création d’une coentreprise en mesure d’exploiter le gisement de Bled el-Hadba, d’assurer la transformation chimique à Souk Ahras et de produire des engrais à Annaba et Skikda. Un projet estimé à 7 milliards de dollars .

D’après Africa Intelligence, l’accord avait été porté en coulisses par les frères Kouninef, piliers du clan de l’ex-chef de l’État Abdelaziz Bouteflika. De son côté, Citic était accompagné dans le pays par le consultant français Akim Laacher.

Après la chute d’Abdelaziz Bouteflika en 2019, Alger a décidé de réviser nombre de grands accords d’investissement conclus sous son règne et a mis en dormance le projet, avant que Citic ne jette définitivement l’éponge en 2021. Le fiasco a provoqué plusieurs arrestations parmi les acteurs du dossier. Alger préfère communiquer sur des « retards » pour expliquer la fin de la collaboration avec Citic, avant même la création de la coentreprise prévue.

Mohamed Arkab, le ministre des mines d’alors, désormais chargé des hydrocarbures, est parti en quête d’un nouveau partenaire et a opposé une fin de non-recevoir aux tentatives de retour de Citic. Sous pression de la présidence, il a approché des sociétés chinoises de moindre envergure, des démarches sans lendemain.

En 2022, c’est en Chine, toujours, que la Société nationale de recherches et d’exploitation minières (Sonarem) et la filiale de la Sonatrach consacrée à la production d’engrais Asmidal ont cru trouver les bons candidats, avec Wuhuan Engineering Co, filiale de la China National Chemical Engineering Group Corp (CNCEC) et la Yunnan Tianan Chemical Co. Une joint-venture est rapidement mise sur pied pour la réalisation du Projet de phosphate intégré avec l’entreprise minière publique Manadjim El Djazaïr. Mais celle-ci, dénommée AC Fertilizers Co, s’apparente à une coquille vide en l’absence d’accord sur le financement de l’opération, malgré une pancarte plantée sur le site. L’ex-patron de la Sonatrach Toufik Hakkar finira par se déplacer à Pékin, en mai 2023, pour tenter de débloquer le dossier avec des banques chinoises.

Flou sur l’usine

Les discussions avec la Chine n’iront pas plus loin, Toufik Hakkar étant brutalement écarté quelques mois plus tard, selon Africa Intelligence. Le PDG d’Asmidal, Mohamed Tahar Houayen, un proche de Mohamed Arkab, a aussi servi de fusible et s’est vu limogé à l’été 2024 au profit de Labatouche Boutouba, lui-même remplacé un an plus tard par Mohamed Noureddine Benkada.

Mohamed Arkab a annoncé à la fin 2024 le début de l’exploitation de la mine sans partenaire chinois et avec des « compétences exclusivement nationales », à savoir la Sonarem et la Sonatrach. Mais aucune activité durable n’est constatée sur le site du gisement. Quant au chantier de l’usine d’engrais phosphatés et azotés de Souk Ahras, le flou sur l’avancée du projet domine.

Après que la Société algérienne de la nutrition animale et végétale (Alnutrav), la filiale d’Asmidal fondée en 2021, a confié en 2023 au français Sofreco l’ingénierie d’avant-projet pour 18 millions d’euros, Mohamed Arkab a évoqué en 2025 un « partenaire allemand » mystère, chargé de rendre une étude d’ici à la fin de l’année 2026. L’italien Saipem est également évoqué comme ayant été sélectionné par la Sonatrach pour cette étude .

Des infrastructures en chantier

Malgré ces difficultés, le volet infrastructure du projet semble avancer. Selon des informations de presse, le chantier du quai minéralier du port d’Annaba a connu une accélération notable . Ce projet, d’un montant de 662 millions de dollars, vise à créer un quai de 1 600 mètres capable d’accueillir des navires de 80 000 tonnes . Parallèlement, une ligne ferroviaire minière de 422 kilomètres est en construction pour relier les mines de Tébessa au port d’Annaba, traversant les wilayas de Souk Ahras, Guelma et Skikda .

Une réunion de coordination présidée par Mohamed Arkab en avril 2026 a été consacrée au suivi de l’avancement du projet . Le président Tebboune, qui suit personnellement ce dossier, aurait fixé l’année 2027 comme échéance pour la mise en service complète du projet . L’Algérie espère ainsi produire 6 millions de tonnes de phosphate par an à partir du gisement de Bled El Hadba, dont les réserves sont estimées à plus de 2 milliards de tonnes .

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