L’Italien ENI s’invite discrètement dans le gigantisme agricole du Sahara algérien

Derrière l’ambitieux programme visant à mettre en culture 36 000 hectares dans le Grand Sud algérien se cache un acteur de poids : la major pétrolière italienne ENI, révèle Africa Intelligence. Un engagement agro-industriel stratégique, alors même que l’Italie renforce chaque jour sa dépendance au gaz algérien.

C’est une présence discrète mais hautement symbolique. Le groupe énergétique italien ENI s’investit dans le volet agricole du « plan Mattei pour l’Afrique », un vaste programme d’investissements présenté en janvier 2024 par la cheffe du gouvernement italien Giorgia Meloni.

Au cœur de cette stratégie se trouve Bonifiche Ferraresi (BF), entreprise cotée à la Bourse de Milan et basée à Jolanda di Savoia. En octobre 2024, Rome et Alger ont fondé la coentreprise BF El Djazair, détenue à 51 % par la filiale internationale de BF (BFI) et à 49 % par le Fonds national d’investissement algérien (FNI).

L’implication d’ENI s’est concrétisée début 2025 avec une injection de près de 50 millions d’euros — soit environ 10 % des parts de BFI — via sa branche dédiée à l’agro-énergie, ENI Natural Energies (ENE).

Un double enjeu : céréales et biocarburants

Ce projet pharaonique vise l’exploitation de 36 000 hectares dans le Sahara algérien. L’objectif principal réside dans la production de céréales, une ressource critique pour l’Algérie, qui figure parmi les cinq plus grands importateurs mondiaux en la matière.

Cependant, le partenariat ne s’arrête pas là. Le programme prévoit également la culture d’oléagineux, notamment le soja. Cette production pourrait alimenter la filiale ENE d’ENI en huiles végétales afin de les transformer en biocarburants. La direction d’ENI précise toutefois ne pas être impliquée directement sur le terrain en Algérie, soulignant que « le soja est cultivé comme culture vivrière en rotation avec des cultures énergétiques ».

Géopolitique du gaz et diplomatie agricole

Cette alliance agro-industrielle s’inscrit dans un contexte géopolitique où l’Algérie est devenue le premier fournisseur de gaz de l’Italie. Depuis le début du conflit en Ukraine en 2022 et les récentes tensions au Moyen-Orient perturbant les livraisons qatariennes, Rome s’appuie massivement sur les contrats conclus entre la Sonatrach et ENI pour sécuriser plus d’un tiers de ses importations de gaz.

Selon Africa Intelligence, ce modèle de synergie entre énergie et agriculture n’est pas une première pour le géant transalpin. ENI et BF ont déjà noué des partenariats similaires dans d’autres pays producteurs d’hydrocarbures comme le Congo — où un projet de 10 000 hectares est en cours —, le Mozambique ou l’Angola.

Tout en soutenant les velléités d’autosuffisance alimentaire de ses partenaires africains, la major italienne consolide ainsi son ancrage industriel et énergétique sur le continent.

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